Poetry

Poets are fine sensors to humankind: listen, your soul will tremble like a diapason...
Florilegium
Ricordi di primavera 
"Comme un voile embaumé de rose e de lavande
conserve après cent ans la jeunesse d'un jour" (P.Louys)
...
Sensation and perception, no rule
(photo credits: gardenia.net)
Emily Dickinson (1830-1886, Amherst, Massachusets)
Emily and hundreds of her poems remained mostly hidden and unknown for years in a small village of New England 

In lands I never saw

In lands I never saw, they say,
Immortal Alps look down,
Whose bonnets touch the firmament,
Whose sandals touch the town,

Meek at whose everlasting feet
A myriad daisies play.
Which, sir, are you, and which am I,
Upon an August day?

When roses cease to bloom

When roses cease to bloom, dear,
And violets are done
When bumble-bees in solemn flight
Have passed beyond the sun,

The hand that paused to gather
Upon this summer’s day
Will idle lie, in Auburn,—
Then take my flower, pray!

Catherine Pozzi (1884-1934)

Catherine just wrote six passionate poems of an unquiet spiritual journey, AVE being the second (photo credits: zone-critique.com)

Ave

Très haut amour, s’il se peut que je meure
Sans avoir su d’où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais,

Très haut amour qui passez la mémoire,
Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire,
En quel sommeil se voyait votre gloire,
Ô mon séjour..

Quand je serai pour moi-même perdue
Et divisée à l’abîme infini,
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
Aura trahi,

Par l’univers en mille corps brisée,
De mille instants non rassemblés encor,
De cendre aux cieux jusqu’au néant vannée,
Vous referez pour une étrange année
Un seul trésor

Vous referez mon nom et mon image
De mille corps emportés par le jour,
Vive unité sans nom et sans visage,
Coeur de l’esprit, ô centre du mirage
Très haut amour.

Charles Baudelaire, Fleurs du Mal
Poets are sensible to misterious and religious echoes of nature (photo credits: pexels.com)

Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

II est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Jorge Luis Borges
A small poem lost after Elsa and Borges had divorced, found after his death (from Elogio de la sombra, Emece Editores, Buenos Aires, 1969, photo credits: courrierinternational.com)

Elsa (Cambridge, Massachusets, 1967)

Noches de largo insomnio y de castigo
que anhelaban el alba y la temían,
días de aquel ayer que repetían
otro inútil ayer. Hoy los bendigo.
¿Cómo iba a presentir en esos años
de soledad de amor que las atroces
fábulas de la fiebre y las feroces
auroras no eran más que los peldaños
torpes y las errantes galerías
que me conducirían a la pura
cumbre de azul que en el azul perdura
de esta tarde de un día y de mis días?
Elsa, en mi mano está tu mano. Vemos
en el aire la nieve y la queremos.
Valéry Larbaud (1881-1957)

Scheveningue, morte-saison

I had been there, autumn evening, a small, quiet café along the beach, the recurrent sound of North Sea... (photo credits: dutchreview.com, adjusted)

Dans le clair petit bar aux meubles bien cirés,
Nous avons longuement bu des boissons anglaises;
C’était intime et chaud sous les rideaux tirés.
Dehors le vent de mer faisait trembler les chaises.

On eût dit un fumoir de navire ou de train :
J’avais le cœur serré comme quand on voyage;
J’étais tout attendri, j’étais doux et lointain;
J’étais comme un enfant plein d’angoisse et très sage.

Cependant, tout était si calme autour de nous!
Des gens, près du comptoir, faisaient des confidences.
Oh, comme on est petit, comme on est à genoux,
Certains soirs, vous sentant si près, ô flots immenses!

Victor Hugo, Les contemplations, 1856
Léopoldine, la fille bienaimée, noyée dans la Seine par un coup de vent qui fit renverser leur canot à voiles, avec son époux qui s'efforça en vain de la sauver, attends... (photo credits: herodote.net)

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.